Le CDN


Les Centres Dramatiques Nationaux sont des labels institutionnels dédiés à la création et dotés de missions de partage qui visent à faire vivre la création artistique. Issus du mouvement de la décentralisation culturelle et initiés par Jeanne Laurent après la seconde guerre mondiale, il existe au jourd’hui 38 CDN en France, dirigés par des artistes mandaté·es pour 4 à 10 ans. Chaque CDN se raconte à sa manière sur son territoire, au gré de ses missions et au fil des directions, toujours en prise avec le temps présent.

Le Méta CDN de Poitiers, jusque-là sans lieu, ouvre un nouveau pan de son histoire avec une maison d’artistes accueillante et fédératrice, pensée à la fois avec des espaces dévolus au travail de la création et un espace dédié à la rencontre et à la convivialité, ouvert au quotidien.

Le Méta se place sous l’étendard de la vulnérabilité du monde, tant ce thème touche tout le monde et tous les aspects de la vie. C’est vouloir réaffirmer la dimension et la pratique humaniste du CDN au cœur de nos missions et faire de nos vulnérabilités une source vive de création, tout en travaillant à sa réduction et en lui renvoyant la promesse d’une responsabilité illimitée.

Le Méta se pense et s’implique avec l’élan des nouvelles générations d’artistes et citoyen·nes comme lien et pivot de toutes les autres, embarquées dans un appel à mouvement qui nous invite à, ensemble, sonder et interroger le monde.

 

« L’arbre dans le vent est stable, capable de vivre dans les gelées hivernales, les sècheresses estivales, la foudre. » – Olivier Hamant

 

Tous les éditos des lieux culturels vous le disent, le monde de la culture est fragilisé.

Comme l’ensemble des centres dramatiques nationaux, le Méta CDN connait une baisse de ses subventions publiques. À nos côtés, un grand nombre d’artistes et d’autres structures dédiées au spectacle vivant sont dans des situations intenables. Qu’on livre bataille** ou que l’on tente de s’adapter dans l’espoir de perspectives meilleures, avec la crainte qu’elles deviennent pires, l’inquiétude et la tension pèsent, laissant le secteur culturel préoccupé, sceptique, fatigable et fatigué : lieux en risque, saisons perturbées, annulations ou reports de productions, inconnues financières, plans sociaux… Tout se mêle, dans la difficulté des dialogues et des concertations, dans un effort résilient essoufflé.

On le sait, tout est sensible et les scénarii de notre époque en crise sont cauchemardesques à d’autres secteurs et endroits du monde. On le sait aussi, nous entrons dans une année électorale présidentielle hautement politique qui va nous mettre en attente sur l’avenir, où le risque est aussi de devenir des murs les uns pour les autres, où chacun voudra faire de chacun son partisan, comme le disait Ionesco.

Or, cette attente peut-elle être vive et vibrante ? Au milieu de ce qui tombe, des créations existent et les publics sont là, bien présents. Les artistes, les équipes et les partenaires se mobilisent de toutes parts. Les projets se réinventent. Les jeunes générations réenchantent le risque, au défi des vents mauvais. Les établissements scolaires et d’enseignements supérieurs s’emparent des propositions. De là où chacun·e travaille, la mission reste de réunir art, pensée et convivialité. Pour nous, cela se passe ici : sur l’université et la ville de Poitiers, à l’appui d’un lieu tout juste sorti de terre, en train d’éprouver son potentiel avec une attention accrue d’ouverture et de partage.

Tant qu’il est possible d’être libre et de garder son sang-froid devant la réalité brutale des faits, il nous faut ne pas être indifférent·es et rester solidaires, rêver et prendre part. Dans le processus de sa métamorphose, le Méta CDN a toujours repensé son organisation autour de ses vulnérabilités. Là encore, comme le défend le chercheur en biologie et biophysique Olivier Hamant, il s’agit de trouver les conditions de robustesse pour faire face aux fluctuations d’un monde de plus en plus soumis aux variations.

Lorsque tout tangue, nous dit-il, les êtres vivants coopèrent. Pour gagner en robustesse, poursuit-il, il nous faut être relié·es, densifier nos interactions, ouvrir le temps long pour répondre à l’urgence, travailler à des désaccords féconds, trouver des modèles susceptibles d’accueillir les fluctuations futures pour absorber les chaos et ouvrir de nouveaux chemins.

 

au plaisir de prochaines rencontres !

Pascale Daniel-Lacombe

 

** En juin 26, Le Théâtre Public de Montreuil accueille l’assemblée publique « Livrer bataille », un appel aux équipes artistiques face aux coupes budgétaires de l’État et des collectivités qui affectent le secteur culturel.


L’implantation du Méta CDN sur le campus universitaire s’inscrit dans le principe du réemploi et du semi-construire. Le CDN a fait l’acquisition de 3 bâtiments existants, ayant déjà servi à d’autres projets culturels et qui sont des structures démontables, reconfigurables, évolutives et écoresponsables (chauffage biomasse de l’université, récupération d’eau de pluie, végétalisation des sols…).

Les trois structures sont aujourd’hui rassemblées dans un même projet architectural et technique (Agences Archidev et Kanju) :

La Baraka : un espace de rencontre et de convivialité scénographié par Damien Caille-Perret et Jeanne Roualet + bureaux + studio de répétition + loges + salles de travail

La Salle de création, un espace modulable

Un lieu de stockage


La situation nouvelle et inédite du Méta offre des opportunités dont il faut se saisir, venant à l’inscrire comme un modèle innovant :  un lieu de fabrique artistique qui s’insère sur le campus d’une université qui le précède, comme un trait d’union physique à la croisée de la création, la formation, la recherche et la diffusion artistique.

Au croisement des artistes en création, il s’enrichie de l’écosystème de l’université de Poitiers qui compte 30.000 étudiant·es et une vie universitaire avec qui partager au quotidien.


Après un parcours universitaire en langues étrangères et en théorie de la danse à la Sorbonne, Pascale Daniel-Lacombe poursuit une formation de danseuse à Londres et à New York. Toutefois, c’est vers le théâtre qu’elle ouvre son champ de compétences via différentes écoles et stages de formation à Paris et ailleurs. Elle engage un premier parcours d’interprète pendant quelques années avec diverses compagnies. Peu à peu, elle se consacre entièrement à la mise en scène.

Elle crée le théâtre du Rivage avec Antonin Vulin au début des années 2000, en Pyrénées Atlantiques, sur le littoral du Pays basque. Pendant près de vingt ans, la compagnie existe de plusieurs manières sur le territoire où le duo réunit des équipes artistiques et techniques venues de différents horizons, libres de se retrouver et de s’agrandir, selon les projets et les créations. Dans son travail, Pascale aime travailler en relation avec des autrices.teurs à qui elle ouvre plusieurs parcours. Ensemble, ils.elles explorent différentes thématiques et différentes écritures mises en résonnances, mêlant parfois les disciplines et les langues, créant parfois des passerelles avec des œuvres du répertoire. Au long de son parcours, son travail se raconte entre créations nationales, expériences de proximité et transmission. Il témoigne notamment d’une expérience de territoire déployée et d’une complicité régulière avec la jeunesse et les nouvelles générations qui entrent dans la vie adulte.

Elle est nommée en janvier 2021 pour succéder à Yves Beaunesne à la direction du CDN la Comédie Poitou-Charentes, renommé sous sa direction le Méta CDN de Poitiers Nouvelle-Aquitaine. Elle place le CDN sous l’étendard de la vulnérabilité du monde, comme dynamique de création et dans l’attention d’une responsabilité illimitée. Elle ouvre une nouvelle page avec une constellation d’artistes qui sondent et interrogent le monde sans sourciller, qui bâtiront pour le CDN un patrimoine artistique et affectif aux côtés des publics. Elle travaille avec ses tutelles à renforcer l’assise du CDN sur la ville de Poitiers. Au terme de son premier mandat, le CDN est doté d’un outil de production écoresponsable pensé dans un principe de semi-construire et implanté sur le campus de l’université de Poitiers, emplacement inédit dans le réseau des centres dramatiques nationaux. Son second mandat s’ouvre sous la question de l’hospitalité à l’heure de la montée des périls qui caractérisent notre époque.