Fief c’est d’abord un décor, celui de la banlieue “périurbaine”, à cheval entre la cité et la campagne.
“Chez nous il y a trop de bitume pour qu’on soit de vrais campagnards, mais aussi trop de verdure pour qu’on soit de vraies cailleras. Au regard des villages qui nous entourent, on est des citadins ici, alors qu’au regard de la grande ville, située à un peu moins de cent kilomètres de là, on est des culs-terreux. Personnellement je n’y connais rien en agriculture.”
On suit une bande de mecs qui vivent là comme dans un aquarium. Au milieu de cette bande, il y a Jonas et ce qui le différencie des autres c’est qu’il a un talent. C’est un boxeur. Mais Fief c’est avant tout une chronique à la première personne de ce qui se passe quand il ne se passe rien. L’exploration d’un passage, d’un moment charnière dans la vie de Jonas où il quitte l’innocence et découvre la mélancolie poisseuse de sa situation.
Dans le roman de David Lopez aucun lieu n’a de nom, les personnages ont tous des surnoms, pourtant nous avons l’impression que l’auteur raconte nos histoires, nos lieux et nos amis. C’est de la classe moyenne qu’il s’agit, ce spectre si large des «ni pauvres ni riches», ceux qui n’ont ni adversaires, ni alliés, ceux qui sont seuls. Cette histoire c’est celle de notre adolescence, celle de nos grands frères et encore celle de certains de nos amis.
Et c’est parce que le texte est percutant dans son rythme, dans son humour, dans son utilisation du langage et qu’il laisse un goût doux-amer, qu’il soit dans un combat de boxe, dans une relation amoureuse ou dans une sortie en ville entre amis que nous avons envie de lui donner un corps et une voix.