Du vrai, du faux, de la magie, de l’épouvante, et des questionnements sur la puissance et l’impuissance de l’imagination face au totalitarisme des esprits : Les Géants de la Montagne apparaît aujourd’hui comme une pièce essentielle, vitale à la compréhension du monde. Pirandello écrit son chef-d’œuvre au bord d’une Europe en guerre, marquée par la montée du fascisme.
« Fête pour l’esprit et pour les yeux » telle que la décrit le dramaturge italien, la pièce place au milieu d’une île une villa abandonnée dans laquelle vit, retiré du monde, un groupe de marginaux. Parmi eux, des musiciens, des rêveurs et un magicien : Cotrone. Cette petite communauté va accueillir une troupe d’acteurs perdue et vagabonde dirigée par Ilse, et la faire pénétrer dans le monde des rêves plus enchanteur et vrai que la réalité même.
En 2015, quelques mois après la révolution de la place Maïdan à Kiev, Lucie Berelowitsch créait une version d’Antigone dans laquelle les Dakh Daughters jouaient le chœur. Les liens d’amitié forts entre la nouvelle directrice du CDN de Normandie et l’Ukraine ont pris, avec l’invasion russe, une forme d’urgence. Lucie Berelowitsch fait de son théâtre une île où dialoguent les langues et les cultures. Les musiques folkloriques y croisent le rock des Dakh Daughters et les vertigineux jeux de miroirs de la scénographie répondent aux mystères déroutants de Pirandello.