Le Méta se place sous l’étendard de la vulnérabilité du monde, tant ce thème touche tout le monde et tous les aspects de la vie. C’est vouloir réaffirmer la dimension et la pratique humaniste du CDN au cœur de nos missions et faire de nos vulnérabilités une source vive de création, tout en travaillant à sa réduction et en lui renvoyant la promesse d’une responsabilité illimitée.
Le Méta se pense et s’implique avec l’élan des nouvelles générations d’artistes et citoyen.ne.s comme lien et pivot de toutes les autres, embarquées dans un appel à mouvement qui nous invite à, ensemble, sonder et interroger le monde.
Édito 26·27
HABITER LE MONDE FLUCTUANT*
Tous les éditos des lieux culturels vous le disent, le monde de la culture est fragilisé.
Comme l’ensemble des centres dramatiques nationaux, le Méta CDN connait une baisse de ses subventions publiques. À nos côtés, un grand nombre d’artistes et d’autres structures dédiées au spectacle vivant sont dans des situations intenables. Qu’on livre bataille ou que l’on tente de s’adapter dans l’espoir de perspectives meilleures, avec la crainte qu’elles deviennent pires, l’inquiétude et la tension pèsent, laissant le secteur culturel préoccupé, sceptique, fatigable et fatigué : lieux en risque, saisons perturbées, annulations ou reports de productions, inconnues financières, plans sociaux… Tout se mêle, dans la difficulté des dialogues et des concertations, dans un effort résilient essoufflé.
On le sait, tout est sensible et les scénarii de notre époque en crise sont cauchemardesques à d’autres secteurs et endroits du monde. On le sait aussi, nous entrons dans une année électorale présidentielle hautement politique qui va nous mettre en attente sur l’avenir, où le risque est aussi de devenir des murs les uns pour les autres, où chacun voudra faire de chacun son partisan, comme le disait Ionesco.
Or, cette attente peut-elle être vive et vibrante ? Au milieu de ce qui tombe, des créations existent et les publics sont là, bien présents. Les artistes, les équipes et les partenaires se mobilisent de toutes parts. Les projets se réinventent. Les jeunes générations réenchantent le risque, au défi des vents mauvais. Les établissements scolaires et d’enseignements supérieurs s’emparent des propositions. De là où chacun·e travaille, la mission reste de réunir art, pensée et convivialité. Pour nous, cela se passe ici : sur l’université et la ville de Poitiers, à l’appui d’un lieu tout juste sorti de terre, en train d’éprouver son potentiel avec une attention accrue d’ouverture et de partage.
Tant qu’il est possible d’être libre et de garder son sang-froid devant la réalité brutale des faits, il nous faut ne pas être indifférent·es et rester solidaires, rêver et prendre part. Dans le processus de sa métamorphose, le Méta CDN a toujours repensé son organisation autour de ses vulnérabilités. Là encore, comme le défend le chercheur en biologie et biophysique Olivier Hamant, que nous aurons la chance d’accueillir au CDN dans la saison, il s’agit de trouver les conditions de robustesse pour faire face aux fluctuations d’un monde de plus en plus soumis aux variations.
Lorsque tout tangue, nous dit-il, les êtres vivants coopèrent. Pour gagner en robustesse, poursuit-il, il nous faut être relié·es, densifier nos interactions, ouvrir le temps long pour répondre à l’urgence, travailler à des désaccords féconds, trouver des modèles susceptibles d’accueillir les fluctuations futures pour absorber les chaos et ouvrir de nouveaux chemins.
Pascale Daniel-Lacombe
* Olivier Hamant – « La robustesse, antidote au culte de la performance », conférence du 26 juin 2025 IUT bordeaux Montaigne – réseau FrancophoNEA / Laboratoires Changes – LAM et