Portrait de l’artiste après sa mort (France 41 – Argentine 78)
Davide Carnevali · Marcial Di Fonzo Bo
C’est le petit appartement d’un vague cousin à Buenos Aires dont vient d’hériter un homme : peut-être le vrai Marcial Di Fonzo Bo, peut-être un autre homme portant presque le même nom, sans doute un peu les deux. On ne sait pas, lui non plus, il cherche et on enquête avec lui.
Son prénom est mal orthographié mais l’adresse est la bonne : dans la lettre qu’il reçoit du ministère de la Justice argentin, Marcial Di Fonzo Bo apprend qu’il est invité à venir se voir restituer un appartement dont sa famille a été dépossédée par la dictature 35 ans plus tôt. Se rendant à Buenos Aires avec un ami-auteur, le comédien-metteur en scène découvre un petit studio resté en l’état après le départ de son dernier occupant. Ce compositeur, arrêté brutalement, est depuis déclaré desaparecido. De découverte en découverte, le mystère de ce cold-case s’épaissit, traverse les continents et les époques. Avec la complicité du public, l’enquête avance, protéiforme : policière, historique, psychanalytique… et semble ne jamais s’arrêter. En superposant fiction et réalité, passé et présent, ce récit bluffant dessine un théâtre politique salvateur, propice à aiguiser notre sens critique.
Avec l’auteur et metteur en scène Davide Carnevali, ancien directeur de l’École des Maîtres et actuellement artiste associé au Piccolo Teatro di Milano, le beau nom de « projet » est loin d’être usurpé. Projet d’envergure même puisque ce portrait traite du drame des disparus dans les dictatures du XXe siècle à travers une enquête en miroir sur le régime militaire de l’Argentine en 1978 et le régime nazi en 1941. Porté au théâtre en Allemagne puis en Italie, Davide Carnevali a réécrit à chaque fois son texte pour un contexte et un acteur différents. Une plongée avec virtuosité dans un vertige poétique à la fois ludique et terrible.

© Victor Tonelli